Le dictionnaire amoureux de la lune
« Un livre à la fois intime et universel, sensuel et savant, pour adoucir nos insomnies »
Florence Paracuellos, France Inter, la Matinale.
« Quelle belle idée! Un livre passionnant ! »
Laurent Ruquier, RTL,
Les Grosses têtes.
« Un beau dictionnaire amoureux, très bien écrit. J’ai adoré ! »
Ali Rebelhi, Grand bien vous fasse, France Inter. Ecouter
« La poésie, l’art, l’imaginaire… Une véritable philosophie lunaire, une manière en somme de tenter de comprendre les hommes. »
Michael Darmon, le Grand Oral, I 24. Voir la vidéo
« Plus qu’un livre, c’est un miroir tendu vers notre propre histoire, celle d’une humanité capable de décrocher l’impossible »
Elodie Fondacci, Radio Classique.
« Un livre magnifique ! Vous allez vous régalez, vous allez rêver, et vous ne regarderez plus la lune comme avant »
Patrick Simonin, TV5 Monde.
Avant-propos
Je suis allé plusieurs fois sur la lune. Enfant, j’ai voyagé à bord de la fusée à damiers rouge et blanc de Tintin, où le capitaine Haddock, saoul comme cent matelots, planait en apesanteur avec une bulle de whisky. Une autre fois, je me suis laissé porter, avec Cyrano, par la rosée qui s’évaporait doucement au petit matin. J’y suis retourné, en compagnie d’un baron fou, en grimpant le long d’un haricot géant que l’on avait accroché à la pointe du croissant. J’ai aussi emprunté des oies ailées, des chars de feu, des ballons, des sphères, et même des boulets de canon. Puis, une nuit, une incroyable nuit, j’ai marché avec Armstrong et Aldrin au bord des cratères, j’ai senti le sol poudreux sous mes pieds, et j’ai eu les larmes aux yeux en apercevant la Terre, petite boule perchée dans le ciel lunaire… Mais il y avait un procédé bien plus facile pour monter là-haut: il suffisait de regarder par la fenêtre en prenant un air distrait. Et alors, je ne devais pas attendre longtemps pour quel’on me confirme que j’étais bien arrivé : « Ça y est, tu es encore dans la lune!».
Ah, que n’a-t-on fustigé les esprits vagabonds, tous ces enfants contemplatifs, ces ados tête en l’air, ces adultes mélancoliques, partis dans leurs voyages imaginaires, embarqués dans des songes inavouables qui leur offraient, sinon la lune, du moins des idylles fantasmées avec la bombasse de la classe ou la voisine de palier. «Tu es encore dans la Lune!». Pendant les mois d’écriture de ce livre, je l’ai souvent été forcément, mais cette fois, je pouvais approuver avec fierté: «oui, je suis dans la Lune!». Ce qui signifiait: je suis au travail. Merci à Gregory, mon éditeur, gardien vigilant des Dictionnaires amoureux, de m’avoir fourni enfin un prétexte à mes divagations.
Vous l’avez déjà compris, j’ai donc reçu un sérieux coup de Lune quand j’étais petit, et il semble bien que je ne m’en sois jamais remis. Aussi loin que je puisse voir dans le brouillard de mes souvenirs, elle est là, cette lune entêtée, qui parcourt mon ciel et m’interpelle. Je la regarde aujourd’hui, et je vois cet enfant, fasciné par les récits de science-fiction que je dévorais la nuit sous les draps, à la lueur d’une lampe de poche, pour ne pas contrarier mes parents. Je vois l’adolescent ébloui par l’exploit des astronautes d’Apollo que leurs successeurs d’Artémis s’apprêtent maintenant à renouveler. Je vois l’adulte devenu reporter (merci Tintin) qui a parcouru la planète à la recherche des rêveurs et des aventuriers… Je regarde la lune, et je vois aussi la longue cohorte de nos ancêtres qui, au fil des millénaires, l’ont scrutée avec émerveillement, parfois inquiétude, en se posant les mêmes questions compliquées. Je vois tous les philosophes, poètes, artistes qui, au fil des siècles, n’ont cessé de la dépeindre et de la magnifier. Et je vois tous les amoureux du monde, tous les amants enlacés, moi, vous, nous, qui, depuis toujours, en ont fait la complice de leurs embrasements.
Je regarde la lune, et je nous vois. Avec son visage grêlé de cratères, la lune est notre repère depuis la nuit des temps, le trait d’union entre toutes les générations. Elle est notre vigie, celle qui rythme nos vies et illumine nos insomnies, une transgression de lumière volée à la nuit. Elle est le refuge de nos rêves, la muse de notre imaginaire, une invitation à toutes les folies. La lune nous raconte notre histoire. Elleest notre plus beau miroir.
Un sérieux coup de Lune, oui, quelque chose comme une secousse métaphysique qui m’a poussé dans l’aventure de ce dictionnaire, privilège qui m’autorise, moi qui suis un peu touche-à-tout, à butiner librement science, littérature, philosophie, politique, peinture, mythologie, musique, érotisme, et bien d’autres domaines encore… Car la Lune, c’est sa première qualité, nous oblige à lever les yeux et à regarder plus loin que le bout de notre nez. Et comment ne pas être pris par le vertige, attiré par ces ivresses auxquelles elle nous invite: l’énigme de l’univers, le mystère de notre existence, l’appel de l’infini ?
Garder la conscience de notre place dans le temps et l’espace, précisément pour tenter de penser plus loin, cet état d’esprit décalé que je qualifierais de «lunaire» a toujours guidé mes choix. Dans un précédent livre, La plus belle histoire du monde, (conversation avec l’astrophysicien Hubert Reeves, le biologiste Joël de Rosnay et le paléontologue Yves Coppens), nous racontions comment, à la lumière de nos connaissances, le monde avait évolué au fil du temps dans le sens d’une complexité croissante, du Big Bang (l’origine théorique de l’univers, c’est-à-dire la naissance de l’espace et du temps) à l’intelligence (cette faculté de penser le monde et de l’inventer) : les premières particules donnant les atomes qui font les molécules qui font les étoiles qui s’agrègent en planètes qui donnent les cellules qui s’assemblent en organismes qui inventent les êtres vivants jusqu’à ces curieux animaux que nous sommes… Y a-t-il plus belle histoire, en effet, que la nôtre? Nous sommes, disions-nous, les enfants des étoiles. Nous sommes aussi les enfants de la Lune, car si cette grosse boule ne s’était pas un jour séparée de la Terre, vous ne seriez pas en train de lire ces lignes. D’une certaine manière, nous lui devons la vie.
Un miroir, disais-je: c’est de là-haut que, pour la première fois, nous avons vu notre planète dans son intégrité. La Lune nous a inspiré l’écologie, non pas tant le mouvement utopiste un peu naïf à la création duquel j’ai participé en France à la fin des années 1970 (pourquoi a-t-il fallu si longtemps pour que nous soyons entendus?), mais plutôt une manière de voir, une forme de lucidité. Avoir le regard lunaire, ce serait donc reculer d’un pas pour mieux distinguer le tableau du monde. Cultiver à la fois la conscience de notre insignifiance et la volonté de la dépasser. Un regard que l’on aimerait humble, libre, et sans œillères.
Lunaire, donc. Au fil des années, ce sentiment ne m’a jamais quitté. Pour la presse écrite, la radio, la télévision, l’édition, j’ai ausculté notre «drôle de planète» (titre d’un de mes magazines sur France 2) et notre drôle de satellite (j’y ai même marché grâce aux effet spéciaux); j’ai raconté les épisodes de l’aventure spatiale, tremblé lors des compte-à-rebours des fusées européennes Ariane en Guyane, senti mes tripes vibrer au départ des navettes à Cap Canaveral, conversé avec des astronautes et même avec des vétérans des mythiques Apollo un peu allumés (on ne revient jamais indemne de la lune). Mais il n’y a pas que l’astronautique: j’ai aussi rencontré toutes sortes de gens décalés, ceux qui créent, pensent et rêvent par-delà l’horizon: scientifiques forcément, astrophysiciens, paléontologues (la lune se lit aussi dans la préhistoire) mais encore philosophes, écrivains, artistes, musiciens, comédiens, danseurs… Ceux qui ne renoncent jamais à escalader une montagne pour voir ce qu’il y a de l’autre côté.
Et les amoureux, j’y reviens: ce sont les héros de ce livre. Serrés dans leurs frissons nocturnes, ils regardent évidemment la Lune, leur protectrice dont la présence magistrale occulte les étoiles. Ils ne voient pas, eux, son visage austère, sa peau meurtrie, cette désolation de rochers et de poussières. Ils y voient un disque d’or qui électrise leurs désirs, une fée de lumière dans la nuit qui les libère. Je suis persuadé que ces deux lointains ancêtres, un homme et une femme, dont on a retrouvé les squelettes enlacés dans une tombe vieille de 30 000 ans, avaient eux aussi contemplé l’astre en se tenant la main comme tant d’amants l’ont fait et le feront. Abélard et Héloïse. Orphée et Eurydice. Juliette et Roméo. Colombine et Pierrot. Giselle et Albrecht. Chloé et Colin. Ajoutons, pour être sexuellement correct: Virginia et Vita. Marcel et Albert(ine)… Et puis, Moi et Toi, l’amour de ma vie, ma moitié à qui ce livre est dédié… Oui, j’ai décroché la Lune et je la dépose à tes pieds.
De même que ces illustres prédécesseurs, ce dictionnaire amoureux s’apparente à un flux de conscience, cheminement erratique de la pensée qui divague, digresse, s’attarde, une idée en entraînant une autre. Ainsi vous verrez comment une réflexion sur le relief lunaire incite à se pencher sur la philosophe grecque Hypatie dont on vantait la grâce et l’intelligence, puis sur les peintres préraphaéliques avant d’évoquer la Lune rousse et de s’interroger sur le désir ou sur l’éternel retour… Et tiens, nous voilà d’un coup chez Shakespeare avant de rendre visite aux Beatles et à Prévert…
Ce livre peut se lire en continu en tirant le fil de l’alphabet. Il peut aussi se mener comme un jeu de piste en se laissant guider d’une entrée – le mot est approprié - vers une autre, comme autant de portes ouvrant sur des chambres inexplorées. Ou encore se picorer au hasard, en toute indépendance. C’est un livre sur la lune. C’est donc, vous le comprendrez au fil des pages, un livre sur le désir, la beauté, et la liberté.
La Lune nous montre le chemin vers un autre monde, elle nous invite à une autre manière de penser. Peut-être nous incite-t-elle aussi à cultiver l’un de nos biens les plus précieux: notre regard d’enfant, notre capacité d’émerveillement? Suivez-là. Suivez-moi dans le vagabondage de ce roman dictionnaire, et qu’Apollon, Artemis et toutes les divinités du cosmos me damnent si vous n’en tombez pas vous aussi amoureux.